L’OUBLIÉ DES DIEUX Livre 2 : « Dans les Fondrières de la Mémoire » Tome 1

L’Arrivée au Manoir

Antoine, Jérémy, Marie et Monsieur Canti se retrouvent dans une petite pièce circulaire de cinq mètres de diamètre environ.
– Que s’est-il passé ? demande Monsieur Canti sur un ton qui laisse ressortir autant sa colère que sa surprise.
– Nous avons traversé le miroir ! répond Antoine d’un ton léger.
– Arrêtez vos foutaises et répondez à ma question !
– Mais ce ne sont pas des foutaises, vous venez de traverser une porte dimensionnelle !
– Qu’est-ce que c’est que ces conneries ? s’insurge l’homme. Arrêtez de vous foutre de ma gueule, sinon…
– Sinon quoi ? s’amuse Antoine.
L’homme lui jette un regard noir qui en dit plus que des mots.
– Je vous assure que je ne délire pas. La preuve !
Et Antoine, mains ouvertes, indique l’endroit qui les entoure.
Monsieur Canti se retourne. Il se retrouve face à un miroir. Il pose les mains sur la glace. La surface est dure.
– La porte est refermée. Vous n’arriverez pas à passer.
– Vous ne pensez quand même pas que je vais gober toutes vos sornettes…
– Libre à vous de penser ce que vous voulez. Mais les faits sont là !
Les deux jeunes gens sont encore trop abasourdis par tout ce qu’ils découvrent pour intervenir. Ils assistent à la scène sans broncher.
– Où sommes-nous ? aboie Monsieur Canti toujours sur le même ton agressif.
– Chez moi.
Antoine sourit.
La petite pièce sans fenêtre est éclairée par une flamme vive qui brûle dans une coupelle en argent posée sur un trépied en bronze. Le sol et les murs semblent façonnés de la même pierre blanche, parsemée de-ci de-là de quelques taches grisâtres. Une ouverture dans le mur est condamnée par une lourde porte en bois fermée, située à l’opposé de la flamme.
Du côté d’où ils sont arrivés, un unique miroir de deux mètres cinquante de haut et large de quatre-vingt centimètres trône contre le mur. De chaque côté du miroir débutent deux escaliers, l’un descendant, à gauche, tandis que celui de droite monte vers l’étage supérieur. Face au miroir, un petit meuble en bois rouge s’appuie contre le mur. Entre le meuble et la porte, une statue en pierre de la même couleur que le sol et le plafond paraît sortir du mur, s’avançant vers les visiteurs dans un geste mi-accueillant, mi-repoussant.
Elle ressemble à une espèce de gargouille, de celles que l’on trouve sur les toits des édifices religieux en Europe. Son air inquiétant est ambigu. On ne saurait dire si elle sourit ou si elle grimace. Elle représente un être asexué, mi-humain mi-animal. Une sorte de satyre avec des cornes, le torse couvert de poils. Son bras gauche tenu en arrière se confond avec les pierres du mur, tout comme le reste du corps, des hanches aux pieds. Seule une jambe en mouvement apparaît plus nettement, ainsi que l’ébauche de ce qui ressemble à un sabot.
– Bienvenus dans mon antre. Vous êtes chez moi, dans mon Manoir, à des lieues de l’endroit que nous venons de quitter.
– Mais… quelle est cette magie ? questionne la jeune femme, sortant de son hébétude.
– Surprenant, n’est-ce pas ? J’ai mis des vies entières à mettre tout cela en place. Et vous n’avez pas fini d’être surpris, croyez-moi. Votre conception du monde vient d’être brusquement bouleversée. Il va falloir que vous repensiez toutes vos certitudes, je le crains. Mais si vous ne vous fermez pas à la nouveauté, vos perceptions pourraient s’élargir.
Antoine fait une pause, le temps de leur laisser assimiler ses paroles. Puis changeant de ton, il reprend.
– Mais avant, nous allons nous restaurer. Il est déjà tard. Ila nous a préparé le dîner.
S’adressant directement à Monsieur Canti, il poursuit.
– Je vais faire prévenir votre femme et les enfants de notre arrivée. Ils nous rejoindront au salon.
Au même instant la porte s’ouvre et un être fait son apparition discrète.
– Bonsoir Ila. Comment vas-tu ?
– Bien Maître. Avez-vous fait un bon voyage ? demande le nouveau venu, s’empressant de venir recueillir le manteau d’Antoine avec une vénération non dissimulée.
– Oui. Un peu mouvementé, mais ça va !
Antoine fait les présentations, puis il demande à Ila de prévenir ses autres invités de les rejoindre au salon pour une collation.
– Je vous ferai visiter les lieux bientôt, mais d’abord nous allons nous rafraîchir. Veuillez me suivre, je vous prie.
Antoine sort dans le couloir où il attend ses « visiteurs ».
Ceux-ci ont un moment d’hésitation avant de le suivre. Marie et Jérémy demeurent perplexes. Quant à Monsieur Canti, son premier réflexe est de se retourner. Il regarde par où ils sont arrivés, cherchant un moyen d’échapper à toute cette folie. Il pose de nouveau une main sur la glace. Pousse de toutes ses forces. Rien ne se passe. Comme l’a signalé leur hôte, le passage a été refermé.
Dépité, il emboîte le pas aux deux jeunes gens qui se sont décidés à rejoindre Antoine.

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