Le 15.9

Toute la montagne était silencieuse, comme endormie sous son linceul de blancheur. Au bout de quelques instants passés à contempler la forêt et la neige scintiller, il me sembla entendre des murmures un peu partout autour de moi, et voir des yeux brillants m’épier depuis la profondeur de la forêt. Ce devait être le vent qui jouait dans les branches, mais je me pris à imaginer des lutins que je ne voyais pas et dont je ressentais la présence. Les esprits malicieux de la Nature avaient envahi l’espace. Je suis resté un long moment à observer les signes de leur présence, sans bouger, dans la quiétude de la forêt.
Puis nous avons repris notre progression. Je suis passé devant pour ouvrir la marche. C’était le plus dur, faire les premières traces dans la neige, dans lesquelles tous les autres mettraient leurs propres pas. Il fallait creuser la neige, la tasser, bien l’aplanir pour les gars de derrière. Puis arriver à soulever la jambe pour la déplacer au-dessus de la couche épaisse. La neige moulait aisément nos pas.
Sous les coups des deux heures, nous avons atteint le col. C’était une petite butte, un large espace dégagé, entouré de chaque côté par des rangées de sapins sombres. Derrière le col, juste en face de nous, se levait la lune. Elle était pleine, énorme, nous attendant en silence dans le ciel nocturne saupoudré de nuages étirés.
Ce fut féerique. Comme une apparition dans ce monde immaculé. Les reflets des rayons de la lune faisaient scintiller la neige en milliers de paillettes éblouissantes. J’avançais envoûté par ce spectacle magique, hypnotisé par la course de l’astre qui semblait démesurément immense. À cet instant, nous avions quitté la Terre. Nous étions dans une autre dimension, sur un autre monde. Un univers fantasmagorique. Celui des contes et des légendes. Je rêvais. J’hallucinais. Et pourtant, je n’avais rien pris.

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