Le Jardin des Libertés #3

C’est le roman le plus politique et le plus sentimental que j’ai écrit.

Cette histoire m’a été inspirée par deux faits marquants. Tout d’abord dans mon ancien travail d’animateur, par l’histoire personnelle d’une enfant dont je me suis occupée. Puis par les événements lors des élections présidentielles de 2002, quand le F.N. est arrivé au deuxième tour, pour le contexte. Non pas que je sois un opposant à un quelconque parti politique (en réalité je n’appartiens à aucun groupe qu’il soit politique, social, religieux ou même philosophique), mais ce qui m’a inspiré c’est la peur que cela a suscité chez beaucoup de gens, et le rappel que la poussée de l’extrême droite a fait remonter de mes études d’histoire concernant le siècle précédent, avec l’arrivée au pouvoir du nazisme et tous les autres régimes fascistes en Europe, dans les années 1930, qui à l’époque avait plutôt été bien accueilli par une large majorité des populations dans les pays concernés, sans que que grand-monde ne prenne conscience des risques réels que cela allait engendrer.

J’ai donc imaginé une Europe où le fascisme ferait son retour, en exagérant les faits, sans doute. Dans mon histoire j’y ai inclus quelques autres phobies inspirées par les événements récents, la guerre israëlo-palestinienne qui n’en finit pas, les haines raciales… (notre monde n’en manque pas), ainsi que les problèmes écologiques de réchauffement dont les conséquences sont encore à venir.

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Le Jardin des Libertés #2

Extrait :

Chapitre 1

Élisa

« Dis maman, pourquoi je vais pas à l’école comme les autres enfants ? » demanda Élisa.

À cette époque la petite fille venait d’avoir six ans.

« Mais si tu vas à l’école. Le Jardin, c’est ton école ! », répondit sa mère occupée à débarrasser la table après manger.

« Oui, mais c’est pas comme les autres ! »

« C’est vrai que la plupart des enfants vont à l’école publique, mais il y a d’autres enfants comme toi qui vont au Jardin. »

« Et toi quand tu avais mon âge, tu allais au Jardin ? »

« Non, j’allais à l’école publique, mais c’était pas pareil. »

« Ah bon ! Qu’est-ce qui était pas pareil ? »

La maman d’Élisa comprit que cette fois, sa fille attendait une vraie réponse et qu’elle ne se satisferait pas de faux-fuyants. Elle n’avait pas l’habitude de lui mentir ni de lui raconter des histoires. Elle pensait au contraire qu’on pouvait tout dire à une enfant, quel que soit son âge, que cela faisait partie de l’éducation. Il s’agissait juste de trouver les bonnes formules, d’employer les bons termes pour qu’elle comprenne, en bref de se mettre à sa portée. Elle était de ces parents qui pensent que parler à un enfant de façon « gnangnan » n’aidait pas à son développement. Il ne faut pas prendre les enfants pour des imbéciles ! Il suffit de trouver des mots qu’ils connaissent pour expliquer les choses, car leur vocabulaire n’est pas encore complet.

Pourtant là, il lui était difficile de répondre à sa fille. Elle ne pouvait pas lui avouer toutes les raisons qui lui avaient fait choisir de la mettre au « Jardin des Libertés ». Certaines de ces raisons étaient politiques et l’enfant n’y aurait rien entendu.

Elle posa sur l’évier les assiettes qu’elle tenait dans la main et s’accroupit pour être à la hauteur de la gamine. Elle lui prit les mains dans les siennes et lui dit, les yeux dans les yeux :

« Vois-tu, dans la vie, on ne fait pas toujours ce qu’on veut. Il y a parfois des choix à faire. Et puis, il y en a qui s’imposent.

L’école publique aujourd’hui n’est plus ce qu’elle était quand j’étais petite fille. Il n’y a plus de liberté. L’école est devenue un lieu de propagande pour le gouvernement, où il impose des idées fausses dans l’esprit des enfants afin de les rendre dociles à leurs idéaux quand ceux-ci grandiront… »

« C’est quoi la propagande ? »

« C’est des gens qui essaient de t’imposer leurs points de vue, sans te demander ton avis. Ils t’obligent à croire en ce qu’ils croient, à partager leurs idées, à faire et à penser comme ils veulent. »

« Mais toi aussi tu m’obliges à faire les choses que je veux pas ! »

« Oui, mais dans ce cas c’est pour ton bien. Eux, ils t’obligent à faire comme ils veulent pour leur bien à eux, sans se soucier du bien des autres. »

« Mais quand je veux un bonbon, c’est bien ! »

« C’est pas la même chose. Un bonbon, si ça te fait plaisir, ce n’est pas toujours bon pour toi. Cela t’abime les dents. Donc, si je refuse parfois que tu manges des bonbons c’est contre ton plaisir, mais pour ton bien aussi. Parce que dans l’immédiat ça te fait plaisir d’en manger, mais à la longue, si tu en manges trop, ça devient mauvais pour l’ensemble de ton corps.

Il ne faut pas confondre plaisir et bien-être.

Tu comprends ? »

« Je crois. Mais l’école ? »

C’était bien difficile pour la maman d’Élisa de faire comprendre à sa fille les raisons politiques qui la faisait l’envoyer au « Jardin des Libertés ». En cette décennie 20.., les choses n’allaient pas pour le mieux en France, comme dans l’ensemble des pays européens…